Découvertes: Les Yeux sans visage (1960), La Proie d’une ombre (2020), Ne vous retournez pas (1973)

Les Yeux sans visage: Classique incontournable de l’épouvante/fantastique vintage, le métrage de Franju a passablement vieilli, malgré sa sobriété et son esthétisme certains. Mais s’il reste empreint d’un certain classicisme pour nos yeux modernes et blasés, ce métrage aura eu une influence avérée (Halloween pour n’en citer qu’un ou encore l’excellent La Piel que habito comme hommage le plus évident) sur le cinéma de genre au point de motiver certains remakes plus ou moins opportunistes (Jess Franco nous entends tu?) et a dû terrifier un bon nombre de spectateurs à l’époque (les scènes sanglantes ne nous sont pas épargnées et sont relativement efficaces/réalistes, en poussant un peu, on peut même y voir les prémisses du body-horror), notamment avec cette relation père-fille malsaine à souhait (et que dire de sa secrétaire?) et une fin assez inattendue, d’une poésie rare! Le Monstre a décidement bien des visages!

https://www.imdb.com/title/tt0053459/?ref_=fn_al_tt_1

La Proie d’une ombre: Et dire que j’ai failli voir celui ci en salles… Thriller fantastique/psychologique terriblement vendeur de par sa bande-annonce énigmatique (qui annonçait carrément de l’épouvante/horreur…qui ne sera qu’un prétexte à une histoire dramatique) mais qui se révèle un vrai supplice à regarder: verbeux, lent, volontairement flou au point d’en devenir imbuvable, semblant hésiter entre les genres cinématographiques et tellement ennuyeux que même les rares révélations tombent systématiquement à plat. C’est simple, j’ai cru à plusieurs reprises me retrouver devant une série B Netflix! J’imagine que l’auteur de ce méfait (David Bruckner, pourtant réalisateur de The Signal, V/H/S, Le Rituel) a beaucoup trop regardé A Ghost Story (pas encore vu de mon côté) vu la proximité des thématiques (deuil, isolement, etc.) mais malgré ses prétentions livre au final un film où il ne se passe littérament rien d’impactant pour l’héroïne (Rebecca Hall, qui s’en sort bien mais dont le personnage génère juste un désintérêt poli) pendant près de deux heures (un comble pour un thriller)… Il aurait finalement mieux valu traiter la chose de manière plus classique!

https://www.imdb.com/title/tt9731534/?ref_=nv_sr_srsg_0

Ne vous retournez pas: Puisqu’on parle de film sur le deuil, voyant revenir plusieurs fois ce drame (teinté de thriller et de fantastique) dans diverses listes et tops, la curiosité a été plus forte que tout! Au final, l’incompréhension est grande car le métrage accuse clairement le poids des nombreuses décennies, en plus de souffrir d’un gros souci de rythme. Narrant l’histoire d’un couple passablement fragilisé par la mort accidentelle de leur fille (opposant une femme assez crédule à un homme plutôt sceptique mais assailli de prémonitions) et mené par de redoutables acteurs (Julie Christie et Donald Sutherland), il se révèle finalement assez prévisible dans l’ensemble (seule la fin relève un peu le niveau) même si le suspense est admirablement entretenu. On aura en revanche rarement vu une Venise aussi glauque, autant par la descente aux enfers de ce couple que par la présence d’un tueur qui rôde dans les alentours. Le véritable tour de force de Ne vous retournez pas réside surtout dans cette impression croissante de superpositions de réalité et de fantasmes, de visions et de doutes, rendant le quotidien de ce John Baxter aussi parano que le spectateur lui même! Pas très loin d’un De Palma ou d’un Polanski tout compte fait!

https://www.imdb.com/title/tt0069995/?ref_=nv_sr_srsg_0

Rétro James Bond (2/5): Goldfinger (1964), Opération Tonnerre (1965), On ne vit que deux fois (1967), Au service secret de sa Majesté (1969), Les Diamants sont éternels (1971), Skyfall (2012)

Goldfinger (3/25): Clairement un des meilleurs opus de la saga, bien rythmé, avec un scénario solide et une palette de personnages mémorables/bien écrits, un theme song enfin mémorable (Shirley Bassey!) et j’en passe. Chronique plus complète dans un prochain podcast dédié aux meilleurs films de la saga!

Note: 4/4

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Opération Tonnerre (4/25): A l’instar de son prédecesseur, Thunderball est marquant à plus d’un titre: un méchant (Adolfo Celi) et des James Bond Girls mémorables (Claudine Auger, Molly Peters,…), de bons rebondissements, des séquences aquatiques d’anthologie, clairement un des opus les plus prenants de la saga, moins connu que son aîné mais tout aussi excellent. Là encore, chronique plus complète dans un prochain podcast dédié aux meilleurs films de la saga!

Note: 4/4

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On ne vit que deux fois (5/25): Pour le dire vite, On ne vit que deux fois souffre surtout de l’apparition trop tardive (la première!) de Blofeld, interprété ici par le divin Donald Pleasance, autrement c’est du quasi tout bon: séquences mémorables comme le duel d’hélicoptères, les poursuites en voiture avec Aki au volant ou la fausse mort de Bond en introduction. Les cadres choisis sont dépaysants (Japon…et on fait l’effort de nous présenter quelques unes de ses traditions, vols spatiaux, base du SPECTRE tapie dans un volcan), avec des plans aériens magnifiques à la clé, le contexte de la Guerre Froide refait son apparition, le scénario est plutôt bon et prenant,… Bref un opus qui loupe le podium de peu!

Note: 3,5/4

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Au service secret de sa Majesté (6/25): Commencons avec le point le plus litigieux du film: Georges Lazenby dans le rôle principal. Personnellement, je trouve qu’il s’en sort bien dans ce sixième opus, plus athlétique (quel combat d’intro, mes amis), tout aussi mordant…mais passer après Sean Connery, dont la carrière est indissociable de la saga James Bond était un suicide assuré! D’autant plus que l’acteur australien ne signera qu’un film de cette même saga… On notera surtout (et enfin) l’évolution du personnage qui semble s’assagir, devenir plus humain et finit par tomber amoureux puis se marier à la fin de cet opus (fait unique dans la saga). Cet opus est donc clairement à part pour toutes ces raisons (pas de theme song mais un joli hommage à Connery dans le générique d’ailleurs)! Suivant cette tendance, on a un métrage plutôt tranquille dans sa première partie et qui monte en puissance vers un twist final cynique à souhait. Diana Rigg est réellement pétillante (n’étant pas objectif car j’ai longtemps regardé Chapeau Melon et Bottes de cuir parmi d’autres vieilleries) et éclipse clairement les autres James Bond Girls de cet opus. Telly Savalas fait, lui, un parfait Blofeld! Les décors suisses et les premières tensions entre Bond et M apportent un peu de vent frais! Le scénario solide et une bonne bande-son (John Barry signe peut être là une de ses meilleures compo) faisant le reste! Et puis, un film avec un duel final en bobsleigh ne peut pas être un mauvais film! Un opus clairement correct donc!

Note: 3/4

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Les Diamants sont éternels (7/25): Il va m’être difficile de parler de cet opus sans y accoller le terme nanar, tellement on sent ici que la saga commence à tourner en rond (au point de se parodier, sciemment ou pas) et que les éléments problématiques sont légion. Pourtant tout était réuni pour faire un film honnête, y compris le retour de Connery (Lazenby ne souhaitant pas renouveler l’expérience) et d’Hamilton derrière la caméra, ainsi que du personnage d’Ernst Stavro Blofeld… Le gros point noir, c’est avant tout un scénario peu passionnant et même difficile à suivre pour pas grand chose. Les gadgets (les effets spéciaux étant moches à souhait, au passage), péripéties et James Bond Girls (Jill St John, Lana Wood) ne venant rééquilibrer en rien ce manque. Pire, Sean Connery a l’air de se contenter du minimum syndical! Et je ne parle pas du comique troupier lourd et vite insupportable du binôme Wint/Kidd qui interroge pas mal sur la direction réelle que voulait prendre le film… Paradoxalement, c’est ce même aspect comique (involontaire?) et quelques éléménts (séquence pré-générique, générique et theme song de Shirley Bassey, Charles Gray en Blofeld…déjà vu dans On ne vit que deux fois) qui le sauvent du zéro pointé de justesse!

Note: 0,5/4

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Skyfall (23/25): Soit disant l’un des meilleurs opus de la saga, je lui trouve pour ma part plusieurs défauts majeurs qui lui font louper le podium: le lore sur les origines de Bond est superflu et inintéressant, le scénario n’est pas fluide du tout (ce qui rend l’histoire compliquée à suivre), le pathos final est clairement inutile, les scènes de séduction sont de plus en plus improbables (c’est un vieux gimmick de la saga, ok, mais il faudrait un peu évoluer) et je ne parle même pas de celles « troubles » avec Moneypenny qui prouvent qu’à tout vouloir réinventer… il y a plus à perdre qu’à gagner. On préfèrera retenir de Skyfall Javier Bardem en méchant cynique à souhait (à l’instar de certaines décisions du MI6), de belles séquences d’action, les superbes paysages écossais, un Bond vieillissant, un rythme bien dosé, la photographie au poil, le talentueux Ralph Fiennes en nouveau M et bien évidemment le theme song d’Adele… Un opus en demie teinte qui doit pas mal sa réputation grâce à la mise en scène de Sam Mendes, au final!

Note: 3/4

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Rétro James Bond (1/5): James Bond 007 contre Dr. No (1962), Bons baisers de Russie (1963), 007 Spectre (2015), Mourir peut attendre (2021)

Comme dit sur Twitter, étant un amateur de la saga James Bond depuis un bail et à l’occasion de la sortie du dernier volet (et la fin de lère Daniel Craig), je me suis dit qu’une rétrospective de la saga entière ici serait de bon ton! Un podcast sera d’ailleurs certainement au menu pour parler des meilleurs opus! L’occasion pour moi de découvrir avec vous durant cet automne/hiver les films avec Timoty Dalton que je ne connais pas du tout! Pour l’occasion, un barême sur quatre sera appliqué à chaque opus! (0: à éviter, 1: décevant, 2: moyen, 3: bon 4: mémorable)

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A titre d’info, trois films ne sont pas comptés dans la saga officielle (25 films à ce jour): Casino Royale (1954), Casino Royale (parodie, 1967), Jamais plus jamais (1983, remake d’Opération Tonnerre)

Romans d’Ian Flemming ayant été adaptés au cinéma (soir l’extrême majorité): Casino Royale, Vivre et laisser mourir, Moonraker, Les Diamants sont éternels, Bons baisers de Russie, James Bond contre Dr. No, Goldfinger, Opération Tonnerre, Au Service secret de sa Majesté, On ne vit que deux fois, L’Homme au pistolet d’or

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James Bond 007 contre Dr. No (1/25): Difficile de parler de ce premier opus sans parler de la perfection de Sean Connery dans le rôle du plus célèbre agent secret! Classe, charisme, séduction (aspect peu développé dans celui ci), flegme, macho, débrouillard, malin, redoutable quand il s’agit d’éliminer un ennemi, qui aurait pu mieux incarner James Bond à l’époque? Ursula Andress est elle parfaite en première James Bond Girl, jolie, sobre, fragile mais pas trop (même s’il est vrai que son personnage ne sert pas l’intrigue). Les codes sont déjà là: thème musical, costard impeccable, MI6 et Miss Moneypenny, l’organisation SPECTRE, complots, traquenards, assassinats, poursuites en voiture (l’Aston Martin n’arrivera que dans Goldfinger), punchlines, paysages exotiques… tout est déjà là ou presque (les vrais gadgets n’arriveront eux que plus tard, ce qui confère à l’opus un réalisme appréciable). C’est Terrence Young qui est à la réalisation et signera deux autres opus dans les sixties. Le film, même s’il a forcément vieilli et qu’on sent par moments que ça se cherche pas mal entre action, aventures et espionnage, se révèle diablement efficace et montre suffisamment de plans extérieurs de la Jamaïque pour être dépaysant en prime. Ses rares défauts restent finalement un méchant totalement anecdotique (qui arrive très tard dans le film, comme Honey Rider) et ses quelques longueurs. Certains pourraient le trouver cheap mais le budget n’est « que » d’un million de dollars (contre 34 millions pour Moonraker ou 250 millions pour Mourir peut attendre…). Quoiqu’il en soit un mythe est né!

Note: 3,5/4

https://www.imdb.com/title/tt0055928/?ref_=nv_sr_srsg_1

Bons baisers de Russie (2/25): Toujours réalisé par Young, ce second métrage assoit définitivement les codes de la saga, avec un côté espionnage plus affirmé (pour preuve le clin d’oeil sympa à La Mort aux trousses). Plus de gadgets improbables conçus par Q, plus de fausses morts en intro, plus de punchlines, une meilleure image/mise en scène, des décors plus fastes (Turquie, Italie), plus de présence féminine, plus de MI6 et de SPECTRE à l’écran avec cette fois ci un méchant plus charismatique (Robert Shaw), un générique post-gun barrel digne d’intérêt (il faudra attendre le prochain pour le « theme song »), des clins d’oeil à l’opus précédent (Eunice Gayson revenant pour l’occasion)… Bref, on n’a pas tellement le temps de s’ennuyer! Quelques regrets sur ce film cependant: une James Bond Girl pas vraiment mémorable dans son rôle d’amoureuse transie parce que…bah par facilité scénaristique, tiens (Daniela Bianchi) et un scénario moins passionnant à mon goût (peut être parce qu’il reste très marqué par la Guerre Froide donc fatalement daté). Mais ça reste solide pour un James Bond!

Note: 3/4

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007 Spectre (24/25): J’ai vu celui ci après Mourir peut attendre, histoire de rattraper les films avec Daniel Craig que j’avais loupé (soit les trois derniers, quand même) et de mieux comprendre la romance entre Bond et Swann. Mais cette fois ci le naufrage est complet: la réalisation est plate passée les premières vingt minutes plutôt efficaces (Sam Mendes nous a habitué à tellement mieux), les personnages et les rebondissements semblent être pilotés par un stagiaire schizophrène tellement ça empeste le réchauffé, l’hésitation voire même le je m’en foutisme (à l’instar de ce Bond soit disant mature mais qui semble crever d’envie de faire du Connery), la romance entre les deux personnages principaux sort de nulle part (la facilité avec laquelle Bellucci cède aux avances de Bond est tout aussi ridicule, rassurez vous) et j’en passe. Bref, rien ne va malgré l’énorme enjeu qui se trame (le MI6 mis plus ou moins en coupe règlée), même pas les décors qui semblent totalement ternes. Quand on pense au pognon lâché pour ce genre de production en comparaison avec le produit final, ça énerve un peu, m’voyez? Reste quelques fulgurances: Christopher Waltz en chef du SPECTRE vicieux à souhait qui ne démérite pas, Léa Seydoux en personnage à fort potentiel…gâché. Sur 2h30, ça ne pèse pas bien lourd! Spectre, exemple typique de jolie coquille vide!

Note: 0/4

https://www.imdb.com/title/tt2379713/?ref_=nv_sr_srsg_0

Mourir peut attendre (25/25): Le visionnage de ce dernier James Bond m’a laissé mitigé. Déjà parce que j’ai été assez débile pour me spoil la fin comme un porc et puis…parce que le scénario ne sert vraiment pas le propos! La liaison entre Swann et Bond est clairement l’aspect le plus intéressant de ce 25e film et mis à côté d’histoires de virus volé et de conflits entre organisations secrètes vues et revues, on aurait clairement aimé voir plus le tandem à l’écran (mais bon on comprend, les gens sont là pour voir un James Bond). Beaucoup de personnages ne sont là que pour la figuration ou un rôle de faire-valoir, par manque de charisme ou lacune d’écriture (les fadasses Safin et Nomi en tête sans oublier l’insupportable Obruchev) alors que certains auraient mérité plus de temps de présence (Blofeld, Paloma, Leiter). Le trio Craig/Seydoux (très touchante ici)/Fiennes porte clairement le film sur leurs épaules ici. Donc voilà, si on met de côté les défauts « hérités » de Spectre (scénario fouillis, rebondissements et fin faciles, personnages inutiles), la relecture « moderne »…pour ne pas dire progressiste du mythe qui semble toucher tous les films actuels (finalité qui tombe à l’eau d’ailleurs et c’est tant mieux) et qu’on se concentre sur les superbes paysages (Norvège, Jamaïque, Italie), les scènes d’action efficaces et la romance tragique du film, Mourir peut attendre se laisse regarder (mais peut être aussi parce que c’était la première fois que je revenais dans mon petit cinéma local préféré depuis 2020). A voir qui succèdera à Craig dans la peau de l’agent 007 (pas trop de pathos dans ce final nul d’ailleurs, ce qui est toujours appréciable). Je ne vous cache pas que l’aspect plus ténébreux et humain incarné par le britannique avait quand même ma préférence (même si Connery est intouchable), d’autant plus que son évolution en cinq films était notable, notamment dans cet opus. Ah oui c’est Zimmer à la BO mais perso, je n’y ai même pas porté attention! Il faut dire qu’il est littéralement partout le Hans!

Note: 2/4

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Découvertes: Kwaïdan (1964), Mean Streets (1973)

Kwaïdan: En une phrase: c’est beau mais c’est long. Et lent aussi! Film japonais fantastique à quatre segments datant des années 1960 (mais tous du même réal: Masaki Kobayashi) et adaptés de romans du début XXe, on ne peut qu’être ébahi devant la qualité esthétique exceptionnelle du métrage, des paysages aux costumes (c’est produit par la Toho en même temps), la bande son (Tōru Takemitsu) et la mise en scène frôlant également la perfection. Mais pour le reste, notamment les scénarios (même si j’ai une nette préférence pour le segment le plus « traditionnel », Hoïchi sans oreilles), ça a quand même méchamment vieilli! Dommage!

https://www.imdb.com/title/tt0058279/?ref_=nv_sr_srsg_0

Mean Streets: Troisième métrage et film en partie autobiographique de Scorsese sur sa vie à Little Italy, Mean Streets est finalement un brouillon des films pour lesquels Scorcese est connu du grand public: le film sur la mafia. La fameuse lumière rouge est déjà là, la mise en scène ingénieuse (passant d’une focale à une autre), les personnages truculents, les excès de violence, les beuveries amicales et les tentatives de rédemption aussi. Le plus gros souci du métrage étant le scénario qui ne semble pas trop où aller, comme les péripéties des deux protagonistes, incarnés par les jeunes Keitel et De Niro (qui crèvent l’écran dans un tandem jeune prodige/chien fou, malgré quelques fausses notes). C’est d’ailleurs à mon sens le principal propos du film: filmer des petits malfras dans leurs errances, leurs faiblesses, bref leur humanité. La bande son de l’époque est excellente: les Stones, Cream et j’en passe!

https://www.imdb.com/title/tt0070379/?ref_=fn_al_tt_1

Découvertes: Méandre (2020), L’Heure du Loup (1968), Mosquito (1994)

Méandre: Au lieu d’aller voir Adieu les cons, ma curiosité m’a poussé à aller voir le film de Mathieu Duri qui fait pas mal parler de lui en ce moment. Il faut dire aussi que Méandre regorge de bonnes idées! Si le pitch minimaliste et le huit clos non consenti font immédiatement penser à Cube/Saw (le film sera finalement plus proche du premier), l’ambiance survival claustro (réussie) à The Descent, le métrage ne se repose pas sur la réputation de ses aînés mais offre de vraies performances. Celle de Gaia Weiss bien sûr, d’une mise en scène/rythme/univers réussis (malgré des moyens limités) et surtout un sous-texte psychologique bienvenu et pas si commun dans le cinéma de genre (le dépassement comme métaphore du deuil). Quelques clins d’oeil aux films de genre sont évidemment de la partie (Alien, Phantasm). Une bien jolie suprise!

https://www.imdb.com/title/tt5752192/?ref_=fn_al_tt_1

L’Heure du Loup: Depuis le temps, il fallait quand même bien découvrir Bergman! Surtout que vu son univers, ça avait beaucoup de chances de me parler! Et effectivement, ce fut une très belle découverte. Déjà, le N&B est magnifique, l’ambiance à mi chemin entre drame et fantastique que ne renierait pas des Lars Von Trier (Antichrist surtout), Cronenberg voire Lynch (pour (pour les dédoublements de personnalités et les bizarreries qui s’ensuivent). Les acteurs principaux Max Von Sydow et Liv Ullmann (qui collaboreront plusieurs fois avec le réalisateur) sont totalement habités par leur rôle. Enfin, c’est surtout un film qui laisse court à l’interprétation du spectateur, ce qui est toujours appréciable. L’Heure du Loup est il un film sur l’angoisse de la paternité, sur les fantasmes/la tentation adultère, sur la dévotion extrême d’une femme menant à l’isolement social ? Les occupants du château sont ils seulement réels ou seulement dans l’imagination/souvenirs du peintre torturé? Libre à vous d’y adhérer ou pas. Ce qui est sûr, c’est qu’on replongera avec grand plaisir dans cet univers sobre, réaliste (très peu de musique dans celui ci…le Dogme95 n’a finalement rien inventé) mais fascinant d’étrangetés avant-gardistes… avec Le Septième Sceau, La Source et Persona!

https://www.imdb.com/title/tt0063759/?ref_=fn_al_tt_1

Mosquito: On ouvre la boîte de Pandore des nanars avec ce Mosquito des enfers! Mais j’ai un alibi, traînant un peu sur Twitch, je suis tombé il y a quelques temps sur La Grotte Chaude et Video_3000 qui proposent plusieurs fois chaque semaine des soirées films de genre, souvent méconnus ou nanardesques (signalons aussi les plus sérieux Les Intergalactiques qui eux sont plus orientés SF). Ce Mosquito en fait partie et propose un pitch très classique (ni moins qu’un Ticks fauché version moustiques XXL), mais avec des tirades fantastiques (le directeur du camping qui se prend pour Sarkozy à la Courneuve), des gens qui jouent (très) mal (mention spéciale à la campeuse nue qui réussit à…hurler mal), des FX approximatifs,… Ca aligne bien évidemment tous les clichés du genre: violence gratuite, sexe, blagues douteuses. Mais surtout c’est bien rythmé et il y a Gunnar « Leatherface » Hansen en caricature redneck et Ron Asheton des Stooges (oui!) en sheriff local alors pourquoi se priver d’un tel potentiel?

https://www.imdb.com/title/tt0113858/?ref_=fn_al_tt_1

Découvertes: Peeping Tom (1960), Mandibules (2020), Bloody Bird (1987), Carnival of Souls (1962), The Nest (2013)

Peeping Tom/Le Voyeur: Film matriciel s’il en est, offrant entre autres des vues subjectives du plus bel effet, on comprend aisément pourquoi et comment Peeping Tom a inspiré des films de psycho-killers tous plus malsains les uns que les autres: gialli, slashers, snuff movies! Souvent comparé à son jumeau Psychose (qui aura l’avantage d’une meilleure mise en scène -encore que- mais surtout d’un réalisateur plus renommé), le film de Michael Powell va pourtant plus loin dans ses thématiques, notamment en rentrant totalement dans la psyché de son antihéros et en l’humanisant via sa relation impossible avec sa voisine Helen Stephens (Anna Massey que l’on retrouvera dans Frenzy), ce qui donne un côté drame shakespearien bienvenue. Obsédé (voire dépendant) par le « pouvoir » des caméras (d’où un côté « méta » sur le cinéma, qu’on retrouvera chez Antonioni, De Palma ou Haneke), s’adonnant à des délires de grandeur, miné par des traumas enfantins, les tueries de Mark Lewis (superbe Karlheinz Böhm) ne peuvent que mal finir mais le métrage réussit à nous tenir en haleine tout d’un long, jusqu’au magnifique climax final. Le film, original, brillant, dense et qui mérite amplement d’être (re)découvert, fera couler beaucoup d’encre à sa sortie et sera distribué quasi clandestinement les premiers temps, précipitant la fin de carrière de son réalisateur. Profondément injuste.

https://www.imdb.com/title/tt0054167/?ref_=fn_al_tt_1

Mandibules: Première séance de 2021 pour votre hôte et l’occasion de voir si Dupieux persévère dans la « normalisation » de son univers, entamée avec Au Poste! et Le Daim (qui sont tout à fait corrects). Hé bien c’est le cas, Mandibules est un film à l’esthétique lèchée (tourné dans le Var, de souvenir), parsemé de quelques fulgurances absurdes mais qui reste bien trop sage pour les amateurs de ses anciens films (dont je suis). Les acteurs s’en sortent bien (il faut dire que Grégoire Ludig et David Marsais sont dans leur élément) mais au vu de certains potentiels (je pense à Bruno Lochet par exemple) et du pitch de départ, il y avait certainement matière à donner une autre ampleur à ce film. Pour être plus précis, on a parfois plus l’impression de regarder un métrage du Palmashow qui traîne en longueur qu’un film de Dupieux. Après, on ne va pas se mentir: retrouver le chemin des salles obscures après plus de six mois est un plaisir, alors on ne va pas trop en tenir rigueur à Dupieux mais on attend de pied ferme Incroyable mais vrai, son prochain métrage prévu pour la fin de l’année, avec Alain Chabat et Léa Drucker.

https://www.imdb.com/title/tt10375106/?ref_=nv_sr_srsg_0

Bloody Bird/Stage Fright: Soavi ayant signé l’excellent Dellamorte Dellamore (chronique à venir d’ailleurs), j’étais plutôt enthousiaste à l’idée de découvrir ce slasher/giallo de la fin des 80’s. Grand mal m’en a pris parce qu’à part une succession de clichés tellement grotesque que j’ai dû arrêter le visionnage pour vérifier si ce n’était pas une parodie assumée, c’est vraiment l’impression de gâchis qui surnage. Pourtant vu le sujet et l’apparence du tueur, il y avait un certain potentiel… On sauvera juste la BO de Simon Boswell (Phenomena, Demons 2, Santa Sangre et j’en passe). En espérant que Sanctuaire et La Secte ne soient pas du même acabit!

https://www.imdb.com/title/tt0092576/?ref_=fn_al_tt_1

Tu as peur? Hein, dis le que tu as peur! Regarde comme je saute haut!

Carnival of Souls/Le Carnaval des Âmes: Mon premier rapport avec Carnival était un vieux doccumentaire sur le cinéma de genre diffusé sur Arte pour Halloween (on devait être dans les années 1990) suivi du film de Herk Harvey (qui joue le « revenant » principal dans ce film) où certaines images sont restées gravées en mémoire (dont certains passages de Phantasm et je ne sais quel opus d’Hellraiser). Mais trop jeune pour ce genre de film tout en ambiances, je n’ai jamais réussi à passer le cap. Jusqu’à aujourd’hui! Et ma foi, c’est plutôt une bonne surprise, à classer dans les films à petit budget, bien rythmé, qui propose de vrais moments de bravoure, à l’instar de Messiah Of Evil (qu’il serait grand temps que je retente). Unique rescapée d’un accident de la route, la protagoniste (incarnée par Candace Hilligoss, qui porte totalement le film sur ses épaules) se met à avoir des visions impliquant un homme à l’aspect livide et un grand bâtiment abandonné, près d’un lac. Le noir & blanc est superbe, certains plans très inspirés et le propos est assez avant gardiste (rôle de femme forte, flou entre réalité et visions, malédiction dont on ne peut se défaire, motifs récurrents,…). Même si le final est prévisible aujourd’hui, le traitement des « revenants », à la lisière entre spectres et zombies modernes (qui, comme dit dans le dernier PIFFFcast, sont plus proches des goules qu’autre chose) est original et donne du sens au scénario. En le regardant, on pense tour à tour à Shining, Eraserhead, La Nuit des morts vivants. Hélas ni Hilligoss ni Harvey (dont c’est le seul long métrage) ne feront une grande carrière par la suite, le film faisant un bide lors de sa sortie, comme beaucoup de films au statut passé culte avec le temps. Un film qui sait proposer de vrais instants de poésie sans jamais cesser d’être inquiétant (on fleurte d’ailleurs avec le thriller psychologique), quoi qu’il en soit!

Pour aller plus loin (eng)!

https://www.imdb.com/title/tt0055830/?ref_=nv_sr_srsg_0

The Nest: Court métrage (en plan séquence) représentatif de l’évolution du réalisateur, The Nest présente un body horror suggéré, verbeux, là où les anciens Cronenberg montraient l’horreur frontalement (sans pour autant négliger leur portée symbolique et leurs réflexions sur les sociétés humaines). L’intérêt de The Nest résidant aussi dans la potentielle inversion des rapports de force entre les deux personnages. Alors oui, ça marche sur une courte durée mais ça donne aussi des trucs très moches, comme Cosmopolis!

https://www.imdb.com/title/tt3831484/?ref_=fn_tt_tt_12

Découvertes: Alexandre le bienheureux (1968), Les Ripoux (1984)

Alexandre le Bienheureux: Un véritable bol d’air frais que cette comédie légère (dont le synopsis tient sur un timbre poste), véritable hymne à l’hédonisme, à la liberté et à la nature (campagnes qui, soyons clair, n’ont hélas plus rien à voir avec celles du film)! Voilà qui fait du bien en ces temps sinistres! La photographie de René Mathelin (Le Grand Blond, Le Magnifique et j’en passe) est superbe, tout comme la musique de Vladimir Cosma. Philippe Noiret (dont c’est finalement le premier vrai rôle) crève évidemment l’écran, secondé par une vrai gallerie de personnages secondaires (Françoise Brion, Marlène Jobert, Jean Carmet, Paul Le Person, Tsilla Chelton,…). On notera aussi la présence de Pierre Richard qui débutait alors! Vive Yves Robert, vive Kaly le chien!

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=2511.html

Les Ripoux: Avis mitigé sur celui ci… Bien sûr les répliques cinglantes sont légion, c’est toujours un plaisir de retrouver Noiret, Lhermitte et les autres (Régine, Grace de Capitani, Julien Guiomar,…) mais le tandem de personnages que tout oppose au départ et l’univers finalement bien gentillet dans lequel ils évoluent (ici en totale contradiction avec l’enfer bétonné parisien et le système répressif déjà vacillant qu’il met en lumière) sont tellement devenus des clichés et des ressorts poussiéreux de la comédie française depuis le légendaire duo De Funès/Bourvil que pffff…pourquoi celui ci sortirait du lot, en fait? Reste une sympathique comédie, évidemment!

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=32758.html

Podcast bonus de fêtes: Top 10 Sixties !

Petit bonus improvisé pour ces fêtes de fin d’année avec ce top 10 des films des 60’s. Au menu: de l’épouvante, de la science fiction et bien sûr des thrillers! Je vous dis à l’année prochaine pour le quatrième (vrai) podcast!

Rosemary’s Baby (1968), Psychose (1960), La Jetée (1962), 2001 Odyssée de l’espace (1968), La Planète des singes (1968), Le Masque du démon (1960), Dracula Prince des ténèbres (1966), The Witchfinder General (1968), Je suis une légende/The Last man on Earth (1964), La Nuit des morts-vivants (1968)

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Fond sonore: « Forest » (Hicham Chahidi)

Découvertes express: La Jetée (1962), Les Documents interdits (1989)

De temps à autres, je vous présenterai une forme express des habituelles chroniques, parce que ma foi, c’est pas forcément nécessaire de faire des pavés alors qu’on peut faire court…ou qu’on a la flemme! Aujourd’hui place à des films français, Monsieur!

La Jetée: Ce film est la preuve qu’avec trois bouts de ficelle, une bonne histoire et de la détermination, on peut arriver à quelque chose! Moyen métrage sous la forme d’un roman photo, mettant en scène un scénario de science fiction dystopique original et efficace, que j’imagine volontiers novateur pour l’époque, ce film est une jolie claque esthétique! La Jetée est aussi connu pour avoir inspiré L’Armée des douze singes de Terry Gilliam (que je n’aime pas spécialement, au passage), la poésie en moins.

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=4788.html

Les Documents interdits: Joli petit documentaire compilant treize courts métrages, présentés (et montés) comme documents amateurs véritables sur des phénomènes surnaturels. Le tout était diffusé à la télévision à la fin des années 1980, pour démontrer le pouvoir des images sur l’inconscient collectif. Car évidemment, rien de tout cela n’est vrai! Alors, si on ne frissonne pas des masses devant ces Documents Interdits (certains courts étant clairement en trop), certains se révèlent très intéressants dans leur mise en scène ou leur concepts! Je retiendrai pour ma part essentiellement Le Cas Ferguson, et surtout L’Examen (digne d’un épisode de Black Mirror). Comme quoi X-Files, Gussdx, les creepy pastas et les found footages n’ont finalement rien inventé! Une curiosité sympathique!

https://www.imdb.com/title/tt0258528/?ref_=fn_al_tt_1