Découvertes: Méandre (2020), L’Heure du Loup (1968), Mosquito (1994)

Méandre: Au lieu d’aller voir Adieu les cons, ma curiosité m’a poussé à aller voir le film de Mathieu Duri qui fait pas mal parler de lui en ce moment. Il faut dire aussi que Méandre regorge de bonnes idées! Si le pitch minimaliste et le huit clos non consenti font immédiatement penser à Cube/Saw (le film sera finalement plus proche du premier), l’ambiance survival claustro (réussie) à The Descent, le métrage ne se repose pas sur la réputation de ses aînés mais offre de vraies performances. Celle de Gaia Weiss bien sûr, d’une mise en scène/rythme/univers réussis (malgré des moyens limités) et surtout un sous-texte psychologique bienvenu et pas si commun dans le cinéma de genre (le dépassement comme métaphore du deuil). Quelques clins d’oeil aux films de genre sont évidemment de la partie (Alien, Phantasm). Une bien jolie suprise!

https://www.imdb.com/title/tt5752192/?ref_=fn_al_tt_1

L’Heure du Loup: Depuis le temps, il fallait quand même bien découvrir Bergman! Surtout que vu son univers, ça avait beaucoup de chances de me parler! Et effectivement, ce fut une très belle découverte. Déjà, le N&B est magnifique, l’ambiance à mi chemin entre drame et fantastique que ne renierait pas des Lars Von Trier (Antichrist surtout), Cronenberg voire Lynch (pour (pour les dédoublements de personnalités et les bizarreries qui s’ensuivent). Les acteurs principaux Max Von Sydow et Liv Ullmann (qui collaboreront plusieurs fois avec le réalisateur) sont totalement habités par leur rôle. Enfin, c’est surtout un film qui laisse court à l’interprétation du spectateur, ce qui est toujours appréciable. L’Heure du Loup est il un film sur l’angoisse de la paternité, sur les fantasmes/la tentation adultère, sur la dévotion extrême d’une femme menant à l’isolement social ? Les occupants du château sont ils seulement réels ou seulement dans l’imagination/souvenirs du peintre torturé? Libre à vous d’y adhérer ou pas. Ce qui est sûr, c’est qu’on replongera avec grand plaisir dans cet univers sobre, réaliste (très peu de musique dans celui ci…le Dogme95 n’a finalement rien inventé) mais fascinant d’étrangetés avant-gardistes… avec Le Septième Sceau, La Source et Persona!

https://www.imdb.com/title/tt0063759/?ref_=fn_al_tt_1

Mosquito: On ouvre la boîte de Pandore des nanars avec ce Mosquito des enfers! Mais j’ai un alibi, traînant un peu sur Twitch, je suis tombé il y a quelques temps sur La Grotte Chaude et Video_3000 qui proposent plusieurs fois chaque semaine des soirées films de genre, souvent méconnus ou nanardesques (signalons aussi les plus sérieux Les Intergalactiques qui eux sont plus orientés SF). Ce Mosquito en fait partie et propose un pitch très classique (ni moins qu’un Ticks fauché version moustiques XXL), mais avec des tirades fantastiques (le directeur du camping qui se prend pour Sarkozy à la Courneuve), des gens qui jouent (très) mal (mention spéciale à la campeuse nue qui réussit à…hurler mal), des FX approximatifs,… Ca aligne bien évidemment tous les clichés du genre: violence gratuite, sexe, blagues douteuses. Mais surtout c’est bien rythmé et il y a Gunnar « Leatherface » Hansen en caricature redneck et Ron Asheton des Stooges (oui!) en sheriff local alors pourquoi se priver d’un tel potentiel?

https://www.imdb.com/title/tt0113858/?ref_=fn_al_tt_1

Découvertes: Peeping Tom (1960), Mandibules (2020), Bloody Bird (1987), Carnival of Souls (1962), The Nest (2013)

Peeping Tom/Le Voyeur: Film matriciel s’il en est, offrant entre autres des vues subjectives du plus bel effet, on comprend aisément pourquoi et comment Peeping Tom a inspiré des films de psycho-killers tous plus malsains les uns que les autres: gialli, slashers, snuff movies! Souvent comparé à son jumeau Psychose (qui aura l’avantage d’une meilleure mise en scène -encore que- mais surtout d’un réalisateur plus renommé), le film de Michael Powell va pourtant plus loin dans ses thématiques, notamment en rentrant totalement dans la psyché de son antihéros et en l’humanisant via sa relation impossible avec sa voisine Helen Stephens (Anna Massey que l’on retrouvera dans Frenzy), ce qui donne un côté drame shakespearien bienvenue. Obsédé (voire dépendant) par le « pouvoir » des caméras (d’où un côté « méta » sur le cinéma, qu’on retrouvera chez Antonioni, De Palma ou Haneke), s’adonnant à des délires de grandeur, miné par des traumas enfantins, les tueries de Mark Lewis (superbe Karlheinz Böhm) ne peuvent que mal finir mais le métrage réussit à nous tenir en haleine tout d’un long, jusqu’au magnifique climax final. Le film, original, brillant, dense et qui mérite amplement d’être (re)découvert, fera couler beaucoup d’encre à sa sortie et sera distribué quasi clandestinement les premiers temps, précipitant la fin de carrière de son réalisateur. Profondément injuste.

https://www.imdb.com/title/tt0054167/?ref_=fn_al_tt_1

Mandibules: Première séance de 2021 pour votre hôte et l’occasion de voir si Dupieux persévère dans la « normalisation » de son univers, entamée avec Au Poste! et Le Daim (qui sont tout à fait corrects). Hé bien c’est le cas, Mandibules est un film à l’esthétique lèchée (tourné dans le Var, de souvenir), parsemé de quelques fulgurances absurdes mais qui reste bien trop sage pour les amateurs de ses anciens films (dont je suis). Les acteurs s’en sortent bien (il faut dire que Grégoire Ludig et David Marsais sont dans leur élément) mais au vu de certains potentiels (je pense à Bruno Lochet par exemple) et du pitch de départ, il y avait certainement matière à donner une autre ampleur à ce film. Pour être plus précis, on a parfois plus l’impression de regarder un métrage du Palmashow qui traîne en longueur qu’un film de Dupieux. Après, on ne va pas se mentir: retrouver le chemin des salles obscures après plus de six mois est un plaisir, alors on ne va pas trop en tenir rigueur à Dupieux mais on attend de pied ferme Incroyable mais vrai, son prochain métrage prévu pour la fin de l’année, avec Alain Chabat et Léa Drucker.

https://www.imdb.com/title/tt10375106/?ref_=nv_sr_srsg_0

Bloody Bird/Stage Fright: Soavi ayant signé l’excellent Dellamorte Dellamore (chronique à venir d’ailleurs), j’étais plutôt enthousiaste à l’idée de découvrir ce slasher/giallo de la fin des 80’s. Grand mal m’en a pris parce qu’à part une succession de clichés tellement grotesque que j’ai dû arrêter le visionnage pour vérifier si ce n’était pas une parodie assumée, c’est vraiment l’impression de gâchis qui surnage. Pourtant vu le sujet et l’apparence du tueur, il y avait un certain potentiel… On sauvera juste la BO de Simon Boswell (Phenomena, Demons 2, Santa Sangre et j’en passe). En espérant que Sanctuaire et La Secte ne soient pas du même acabit!

https://www.imdb.com/title/tt0092576/?ref_=fn_al_tt_1

Tu as peur? Hein, dis le que tu as peur! Regarde comme je saute haut!

Carnival of Souls/Le Carnaval des Âmes: Mon premier rapport avec Carnival était un vieux doccumentaire sur le cinéma de genre diffusé sur Arte pour Halloween (on devait être dans les années 1990) suivi du film de Herk Harvey (qui joue le « revenant » principal dans ce film) où certaines images sont restées gravées en mémoire (dont certains passages de Phantasm et je ne sais quel opus d’Hellraiser). Mais trop jeune pour ce genre de film tout en ambiances, je n’ai jamais réussi à passer le cap. Jusqu’à aujourd’hui! Et ma foi, c’est plutôt une bonne surprise, à classer dans les films à petit budget, bien rythmé, qui propose de vrais moments de bravoure, à l’instar de Messiah Of Evil (qu’il serait grand temps que je retente). Unique rescapée d’un accident de la route, la protagoniste (incarnée par Candace Hilligoss, qui porte totalement le film sur ses épaules) se met à avoir des visions impliquant un homme à l’aspect livide et un grand bâtiment abandonné, près d’un lac. Le noir & blanc est superbe, certains plans très inspirés et le propos est assez avant gardiste (rôle de femme forte, flou entre réalité et visions, malédiction dont on ne peut se défaire, motifs récurrents,…). Même si le final est prévisible aujourd’hui, le traitement des « revenants », à la lisière entre spectres et zombies modernes (qui, comme dit dans le dernier PIFFFcast, sont plus proches des goules qu’autre chose) est original et donne du sens au scénario. En le regardant, on pense tour à tour à Shining, Eraserhead, La Nuit des morts vivants. Hélas ni Hilligoss ni Harvey (dont c’est le seul long métrage) ne feront une grande carrière par la suite, le film faisant un bide lors de sa sortie, comme beaucoup de films au statut passé culte avec le temps. Un film qui sait proposer de vrais instants de poésie sans jamais cesser d’être inquiétant (on fleurte d’ailleurs avec le thriller psychologique), quoi qu’il en soit!

Pour aller plus loin (eng)!

https://www.imdb.com/title/tt0055830/?ref_=nv_sr_srsg_0

The Nest: Court métrage (en plan séquence) représentatif de l’évolution du réalisateur, The Nest présente un body horror suggéré, verbeux, là où les anciens Cronenberg montraient l’horreur frontalement (sans pour autant négliger leur portée symbolique et leurs réflexions sur les sociétés humaines). L’intérêt de The Nest résidant aussi dans la potentielle inversion des rapports de force entre les deux personnages. Alors oui, ça marche sur une courte durée mais ça donne aussi des trucs très moches, comme Cosmopolis!

https://www.imdb.com/title/tt3831484/?ref_=fn_tt_tt_12

Découvertes: Alexandre le bienheureux (1968), Les Ripoux (1984)

Alexandre le Bienheureux: Un véritable bol d’air frais que cette comédie légère (dont le synopsis tient sur un timbre poste), véritable hymne à l’hédonisme, à la liberté et à la nature (campagnes qui, soyons clair, n’ont hélas plus rien à voir avec celles du film)! Voilà qui fait du bien en ces temps sinistres! La photographie de René Mathelin (Le Grand Blond, Le Magnifique et j’en passe) est superbe, tout comme la musique de Vladimir Cosma. Philippe Noiret (dont c’est finalement le premier vrai rôle) crève évidemment l’écran, secondé par une vrai gallerie de personnages secondaires (Françoise Brion, Marlène Jobert, Jean Carmet, Paul Le Person, Tsilla Chelton,…). On notera aussi la présence de Pierre Richard qui débutait alors! Vive Yves Robert, vive Kaly le chien!

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=2511.html

Les Ripoux: Avis mitigé sur celui ci… Bien sûr les répliques cinglantes sont légion, c’est toujours un plaisir de retrouver Noiret, Lhermitte et les autres (Régine, Grace de Capitani, Julien Guiomar,…) mais le tandem de personnages que tout oppose au départ et l’univers finalement bien gentillet dans lequel ils évoluent (ici en totale contradiction avec l’enfer bétonné parisien et le système répressif déjà vacillant qu’il met en lumière) sont tellement devenus des clichés et des ressorts poussiéreux de la comédie française depuis le légendaire duo De Funès/Bourvil que pffff…pourquoi celui ci sortirait du lot, en fait? Reste une sympathique comédie, évidemment!

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=32758.html

Podcast bonus de fêtes: Top 10 Sixties !

Petit bonus improvisé pour ces fêtes de fin d’année avec ce top 10 des films des 60’s. Au menu: de l’épouvante, de la science fiction et bien sûr des thrillers! Je vous dis à l’année prochaine pour le quatrième (vrai) podcast!

Genre #18: Film du mois de mai 2021 – Toutes les couleurs du vice (1972) Genre!

Toutes les couleurs du vice/Tutti i colori del buio, giallo de Sergio Martino (dont on a déjà chroniqué Torso sur le blog) est au menu du film du mois de mai 2021. Les éléments oniriques et paranoïaques entourant le personnage principal joué par Edwige Fenech jutifiant à eux seuls sa sélection ici! Fiche du filmCritique du film Films évoqués: L'Etrange vice de Madame Wardh (1971), La Queue du scorpion (1971), Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (1972), Torso (1973), Le Venin de la peur (1971), L'Emmurée vivante (1977), Rosemary's Baby (1968) Retrouvez tous les articles et analyses sur https://genrepodcast.frRetrouvez moi aussi sur Twitter et Captain WatchPour me soutenir: https://utip.io/genrepodcastCe podcast est diffusé sur iTunes, Spotify et DeezerFond sonore: "Wonder" par Lakey Inspired
  1. Genre #18: Film du mois de mai 2021 – Toutes les couleurs du vice (1972)
  2. Genre #17: Film du mois d'avril 2021 – Suspiria (2018)
  3. Genre #16: L'Envers du culte – Le Loup-Garou de Londres/ An American Werewolf in London (1981)
  4. Genre #15: L'Envers du culte – La Dernière Maison sur la Gauche (1972)
  5. Genre #14: L'Envers du culte – Videodrome (1983)

Rosemary’s Baby (1968), Psychose (1960), La Jetée (1962), 2001 Odyssée de l’espace (1968), La Planète des singes (1968), Le Masque du démon (1960), Dracula Prince des ténèbres (1966), The Witchfinder General (1968), Je suis une légende/The Last man on Earth (1964), La Nuit des morts-vivants (1968)

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Fond sonore: « Forest » (Hicham Chahidi)

Découvertes express: La Jetée (1962), Les Documents interdits (1989)

De temps à autres, je vous présenterai une forme express des habituelles chroniques, parce que ma foi, c’est pas forcément nécessaire de faire des pavés alors qu’on peut faire court…ou qu’on a la flemme! Aujourd’hui place à des films français, Monsieur!

La Jetée: Ce film est la preuve qu’avec trois bouts de ficelle, une bonne histoire et de la détermination, on peut arriver à quelque chose! Moyen métrage sous la forme d’un roman photo, mettant en scène un scénario de science fiction dystopique original et efficace, que j’imagine volontiers novateur pour l’époque, ce film est une jolie claque esthétique! La Jetée est aussi connu pour avoir inspiré L’Armée des douze singes de Terry Gilliam (que je n’aime pas spécialement, au passage), la poésie en moins.

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=4788.html

Les Documents interdits: Joli petit documentaire compilant treize courts métrages, présentés (et montés) comme documents amateurs véritables sur des phénomènes surnaturels. Le tout était diffusé à la télévision à la fin des années 1980, pour démontrer le pouvoir des images sur l’inconscient collectif. Car évidemment, rien de tout cela n’est vrai! Alors, si on ne frissonne pas des masses devant ces Documents Interdits (certains courts étant clairement en trop), certains se révèlent très intéressants dans leur mise en scène ou leur concepts! Je retiendrai pour ma part essentiellement Le Cas Ferguson, et surtout L’Examen (digne d’un épisode de Black Mirror). Comme quoi X-Files, Gussdx, les creepy pastas et les found footages n’ont finalement rien inventé! Une curiosité sympathique!

https://www.imdb.com/title/tt0258528/?ref_=fn_al_tt_1