Découvertes express: La Longue nuit de l’exorcisme (1972), L’Emmurée Vivante (1975)

Retour à la filmographie de notre cher Lucio Fulci avant de lui consacrer un podcast!

La Longue nuit de l’exorcisme: Jouant avec le changement de point de vue (et donc de fausses pistes) autour d’une enquête policière sur la disparition et le meurtre d’enfants, ce giallo intelligent et surprenant qui surfe avec la comédie et le thriller, se distingue par son inventivité et son côté cynique/cru cher au réalisateur (qui en profite au passage pour porter un regard critique sur l’Italie rurale et traditionnelle d’alors). Bien rythmé, renvoyant à plusieurs thématiques récurrentes/métrages du réal (Beatrice Cenci en tête mais que dire du lynchage de Maciara renvoyant directement à l’introduction de The Beyond?), il se débarrasse également de toute logique fantastique superflue (son titre est totalement mensonger) pour un rendu réaliste d’autant plus marquant! Son giallo suivant, L’Emmurée Vivante parachèvera cette volonté de sortir ce sous-genre horrifique de son carcan! Un film personnel et subversif en tout point qui fera parler de lui à l’époque, notamment pour une scène (totalement gratuite) d’érotisme malsain entre l’héroïne (Barbara Bouchet, bien connue des amateurs de gialli) et un enfant! Une bonne surprise malgré un jeu d’acteurs parfois aléatoire (commes les effets spéciaux)!

https://www.imdb.com/title/tt0069019/?ref_=nv_sr_srsg_0

L’Emmurée Vivante: Véritable pépite vintage (on ne serait pas en train de se refaire les James Bond, c’est le genre de métrage qui finirait en film du mois sans forcer) et dernier giallo de ce cher Lucio avant de basculer dans sa période zombies (L’Eventreur de New York étant plutôt un sympathique mélange de slasher et de giallo comme La Baie Sanglante de Bava) qui se concentre totalement sur son scénario et son twist final (génial pour l’époque) au lieu de donner bêtement dans les codes du genre (sexe, violence, jeux de lumières,…). Dans celui ci, les notions de machination, de destin et de tragédie (propres aux gialli et aux thrillers) prennent tout leurs sens (j’ai lu quelque part que Fulci avait été passablement marqué par les travaux d’Antonioni), je ne vous en dirais pas plus! On appréciera au passage l’excellente prestation de Jennifer O’Neill (vue également dans Scanners) et la partition mémorable de Fabio Frizzi! Si vous devez vous faire un seul giallo du Monsieur, c’est celui ci, en gardant à l’esprit que ce n’est pas le plus graphique (même si la mise en scène vaut le coup d’oeil)!

https://www.imdb.com/title/tt0075614/?ref_=nm_flmg_dr_27

Oubli: Le podcast #18 est sorti, putain!

Toutes les couleurs du vice/Tutti i colori del buio, giallo de Sergio Martino (dont on a déjà chroniqué Torso ici même) sorti en 1972 est au menu du film du mois de mai 2021. Les éléments oniriques et paranoïaques entourant le personnage principal joué par la divine Edwige Fenech jutifiant à eux seuls sa sélection ici!

Fiche du film
Critique du film

Films évoqués dans ce podcast: L’Etrange vice de Madame Wardh (1971), La Queue du scorpion (1971), Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (1972), Torso (1973), Le Venin de la peur (1971), L’Emmurée vivante (1977), Rosemary’s Baby (1968)

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Fond sonore: « Wonder » par Lakey Inspired

Découvertes: Beatrice Cenci (1969), La Baie sanglante (1971)

Beatrice Cenci (connu aussi sous le nom Liens d’amour et de sang): Je dois dire qu’au delà que trouver perturbant de voir Fulci diriger un drame historique réel (le film de Fulci est le cinquième métrage traitant du sujet), il est assez marrant de constater que l’italien dirigeait de bons acteurs dans les années 1960 et 1970…car autant vous le dire, la quadrilogie des zombies ne brille pas vraiment de ce côté là (ni par la qualité de ses scénarios d’ailleurs, l’arrête de la collaboration avec Roberto Gianviti au profit de Dardano Sacchetti n’y est clairement pas étrangère). Adrienne La Russa (qu’on retrouvera dans plusieurs séries par la suite) et Georges Wilson (à la longue carrière) crèvent littéralement l’écran dans ce mélodrame sadique prenant place durant la Renaissance. On retrouvera Tomás Milián (Olimpo), un habitué des westerns spaghetti et des poliziotteschi, dans deux films suivants du réalisateur: La Longue Nuit de l’exorcisme (1972) et Les Quatre de l’Apocalypse (1975). Les ambiances sont plutôt réussies, le rythme est bien dosé et encore une fois les thématiques et les plans nerveux caractéristiques du réal sont présents. En même temps, quoi de mieux qu’une histoire de paricide, dans le contexte de L’Inquisition (qui, petit point culture, n’a été abolie qu’au début du XIXe siècle), mettant en scène un patriarche détestable et une martyre sublime pour mettre en lumière l’hypocrisie de la Bourgeoise de l’époque et l’ambivalence de la religion? Même si l’italien se mettre un peu avare en hémoglobine, une fois n’est pas coutume! Encore une bonne surprise en tout cas!

https://www.imdb.com/title/tt0064073/?ref_=nv_sr_srsg_0

La Baie sanglante: Cette replongée dans la filmo du père Fulci étant aussi l’occasion de combler mon énorme méconnaissance de celle de Bava (un jour, j’arrêterai de me disperser pour torcher enfin ces putains de cycles « hard SF » et « conspiracy thrillers », promis…). Oui, La Baie sanglante est fidèle à sa réputation: inventif, sanglant, brutal, il est en ce sens un digne précurseur du slasher (notamment Vendredi 13: lac, victimes à peine majeures, multiples meurtres à l’arme blanche,…) mais n’oublie jamais d’être un giallo: travail évident sur l’esthétisme (lumières bleues et rouges, éclairages) et la mise en scène (zooms, gros plans, plans séquences, jeu sur les profondeurs de champs), tout y est (sauf l’enquête policière il est vrai)! Le petit plus de ce métrage (tardif dans la carrière de Mario Bava et miné par un budget au rabais) est son traitement de ses personnages: vils, arrivistes, influençables, sans grandeur d’âme…il aurait très bien pu être tourné par Fulci (justement!) tant le nihilisme et le pessimisme vis à vis du genre humain est omniprésent dans ce métrage (même si à mon sens la fin est bien too much)! La Baie, objet de convoitises pour la majorité des personnages, génère ainsi un immense jeu de massacres où tout le monde sera au minimum acteur, témoin ou complice, la folie meurtrière se propageant comme une maladie virale! On compte parmi le casting une bonne poignée d’habitués des gialli: Claudine Auger, Luigi Pistilli (que tout le monde a déjà vu chez Leone), Laura Betti. Le vrai point noir est à chercher du scénario tiré par les cheveux et pas très finaud qui semble uniquement là pour appuyer le propos (Dardano Sacchetti, encore lui) !

https://www.imdb.com/title/tt0067656/?ref_=fn_al_tt_1

Pusiqu’on en parlait il y a peu, un court documentaire sur la culture vidéoclub signé BiTS!

Et puisque c’était aussi le sujet d’un précédent podcast, le PIFFFcast a sorti sa dernière livraison sur le sujet slasher!

Découvertes: Le Temps du massacre (1966), Le Venin de la peur (1971)

Inutile de faire planer le suspense plus longtemps: oui, pour finir notre cycle zombies, je vous prépare un podcast sur le grand Lucio Fulci, réalisateur cher à mon coeur. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’italien a été productif au cours de sa longue carrière (1953-1991) et a touché à pas mal de styles: western, gialli, épouvante, fantastique, drame historique, policier, fantasy, comédie et j’en passe! Afin que le podcast ne soit pas aussi interminable que celui sur les slashers, on va donc découvrir ensemble ses films les plus majeurs, pour la plupart sortis entre le milieu des années 1960 et la fin des années 1970, un peu avant la quadrilogie des zombies qui nous intéresse donc (L’Enfer des zombies, Frayeurs, L’Au Delà, La Maison près du cimetière, même si le dernier louche plus du côté du slasher morbide). Sans trop fouiller le contexte de production de ces films mais ne serait ce que pour dégager des thématiques communes ou des gimmicks de mise en scène du romain barbu !

Le Temps du massacre: Et ça commence bien car il se trouve que je suis un grand amateur de western spaghetti (cycle à venir, j’annonce) et que…ma foi, Le Temps du massacre s’est sort vraiment très bien! Parce qu’entre nous, si Sergio Leone était vraiment le haut du panier, il y a beaucoup à boire et à manger dans cette niche (déjà touchée par le phénomène de l’ « exploitation » dans les 60’s), même chez Corbucci et Sollima! Il faut dire que si le scénario est assez convenu (un défaut récurrent dans ce style), les personnages sont un minimum fouillées (les héros comme les antagonistes), le rythme est au poil et les décors sont sublimes! On retrouve bien évidemment des acteurs habitués de la chose (Nero bien sûr mais aussi Hilton, Addobbati, Felleghy, Borgese, Runachagua,…) dont un Nino Castelnuovo (Les Parapluies de Cherbourg, Rocco et ses frères) dans un rôle de salaud absolument mémorable mais également des thématiques qui vont devenir chères au réal: la cruauté, la mort, le doute, le tout teinté d’un fatalisme typique! Car oui, le film porte bien son nom: du sang, des massacres, il y en a à la pelle! La mise en scène est déjà experte (Luci en est déjà à son 17e film), multipliant les types de plans et de techniques. La fin, elle, est absolument dantesque. La jolie musique est signée Lallo Gori, habitué du genre, des poliziotteschi et des thrillers. Le Temps du massacre vient donc rejoindre Colorado dans ma liste des seconds couteaux solides du western italien!

Pour aller plus loin, lire la critique de Psychovision (site que je vous recommande vivement): https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/757-temps-du-massacre-le

https://www.imdb.com/title/tt0061074/?ref_=nv_sr_srsg_0

Le Venin de la peur: Formant le quintet des giallis les plus connus du réalisateur avec Perversion Story (1969), La Longue nuit de l’exorcisme (1972), L’Emmurée vivante (1977) et L’Eventreur de New York (1982), Le Venin de la peur brille plus par quelques séquences (les hallucinations oniriques de Carol, sa poursuite par le hippie) que par son rythme, relativement en retrait (les scènes d’enquête proprement dites plombent pas mal le métrage). L’ambiance est à mi chemin entre Polanski, Hitchcock et De Palma, soit une bonne dose de paranoïa, d’érotisme, de doubles vies et de gore (Fulci échappera de peu à la prison pour sa scène de vivisection jugée réelle)! Les thématiques macabres et nihilistes sont bien présentes (on est en 1971 et la génération hippie en prend déjà pour son grade…la bourgeoisie aussi) et le jeu d’acteurs est solide. La mise en scène est excellente en revanche (dont ces fameux zooms et ces très gros plans sur les regards, typiques de l’italien) et son twist de fin vaut amplement le détour (méritant amplement un second visionnage, je ne vous en dis pas plus). Dans tous les cas, ce second giallo a le mérite de s’éloigner des canons du genre avec classe. A noter que c’est le légendaire Morricone à la musique.

Pour aller plus loin, autre superbe chronique de Psychovision: https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/805-venin-de-la-peur-le

https://www.imdb.com/title/tt0067361/?ref_=nv_sr_srsg_