Drunk (2020)

Cet article est rédigé au retour de la séance et devant un petit verre de Manzana…pour des soucis de cohérence avec la thématique, bien sûr! Alors, avant de commencer, je l’avoue, de Vinterberg, je n’ai vu que La Chasse qui m’avait bien impressionné à l’époque. Alors, quand j’ai vu que le réal s’associait de nouveau avec Mads Mikkelsen, j’ai dit banco, je veux voir ce film (c’est pas comme si beaucoup de métrages me branchaient en cette période de couvre-feu)! Et…je ne regrette pas!

Si le film aborde la thématique de l’alcool, il n’est pas linéaire pour autant…grâce à une écriture parfaitement maîtrisée et des personnages bien campés par une troupe d’acteurs en grande forme (Mikkelsen, Bo Larsen, Millang, Ranthe, Bonnevie…quasi que des habitués de chez Vinterberg, d’ailleurs) qu’ils soient seuls ou avec une vie de famille, sobres ou éméchés. Les lycéens figurants apportent pas mal de fraîcheur (l’évolution du regard des protagonistes sur eux, passant des « petits cons nonchalants » aux « enfants qu’on aurait aimé avoir/espoirs de lendemains qui chantent » est très intéressant) et contrebalancent avec ces quarantaines en plein bilan, à deux doigts de la crise de nerfs. On rit beaucoup, Vinterberg maîtrise bien le ton, entre réalisme social et comédie plus légère…et puis, et puis le film prend un virage dramatique, de façon inattendue mais naturelle, là aussi avec beaucoup de justesse, sans jamais rentrer dans la pathos gratuit. Car oui, après l’ivresse, il y a toujours les lendemains difficiles, avec parfois des actes qu’on regrette…avant de remettre le couvert! Valentin des Chroniques du cinéphile parlait d’un film écrit sous forme de thèse-antithèse-synthèse, je crois qu’on ne peut pas mieux résumer Drunk alors je vais m’arrêter là…

Drunk est un film qui tour à tour fout la patate, émeut, pousse à la réflexion sur beaucoup de sujets universels. Bref, un échantillon de ce que devrait proposer le cinéma à chaque visionnage!

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=275050.html

Critique de Blood Machines (2020)

Etant fan de synthwave et à plus forte raison de darksynth, ce moyen métrage était forcément un passage obligé pour moi. Mais aussi relativement casse gueule pour la team Ickerman vu son ambition de départ

Première séance post confinement pour votre hôte (non, c’était pas Tenet, j’ai menti), masque vissé sur le nez, ne sachant pas trop à quoi m’attendre (n’ayant pas assisté aux « étapes » du projet, depuis son financement particpatif), les conditions optimales n’étaient pas vraiment réunies pour apprécier Blood Machines, autant être clair! Et pourtant…

  • Véritable point fort du métrage, le visuel cyberpunk est spectaculaire sans être kitsch (à la croisée entre un Jodorowski et Metal Hurlant, si je dois me lancer dans des comparaisons), d’autant plus quand on comprend dans le making of qu’il est le résultat de divers effets/techniques et que les décors de base doivent beaucoup à l’ingéniosité des réal qui ont fait avec les moyens du bord!
  • Question scénar, on reste dans la lignée de « Turbo Killer » (les vaisseaux remplaçant ici les voitures) avec des figures féminines mises en avant (j’ai vu que certains commentateurs parlaient de film féministe…ou à l’inverse de « beauferies » prétextes à reluquer des corps dénudés, ce n’est clairement pas mon ressenti), des archétypes typiquement bis (pour répondre justement à la polémique juste avant), de la violence, des vaisseaux qui passent le mur du son, du surnaturel, des lumières fluo dans le pur cliché rétrowave, un brin de symbolisme,… Le film a d’ailleurs été annoncé comme un « cosmic opera ». Tout à fait le genre d’univers auquel on peut s’attendre quand on connaît un peu Carpenter Brut, au final. Ca reste parfois flou, mais honnêtement, je ne trouve pas ça si gênant. Blood Machines est à mon sens plus une expérience sensorielle qu’un pur récit délivrant un message social ou politique (même si, à mon sens, Blood Machines en délivre un, plus subtil). Personnellement, j’en ai un peu ma claque de lire systématiquement des réactions de pisse-froids hystériques…pour une fois que des réal essayent d’expérimenter hors du champ politique et pas de se plier au « cahier des charges » (trop souvent) politiquement correct pour faire plaisir aux crétins du dessus et autres communautés toxiques (qui n’ont visiblement pas bien compris l’intérêt subversif du cinéma de genre ni la finalité liberticide du jeu auquel ils s’adonnent)…
  • Si la crainte de voir un « long » clip de Carpenter Brut pointe le nez au début, ou du moins de voir un visuel qui ne servirait qu’une musique, elle s’efface très vite. Et à vrai dire, j’ai été assez peu attentif à la BO de Carpenter Brut tout au long de ses 50 minutes, tant le reste du film est accrocheur… Qu’on se comprenne bien, dans ma bouche, ça veut dire qu’elle colle parfaitement avec son sujet!
  • Pour ma part totalement inconnus, je trouve que les acteurs s’en sortent plutôt bien…j’ai découvert d’ailleurs à l’occasion de cet article que la plupart avait déjà une petite expérience dans le domaine…
  • Le making-of est clairement un plus à regarder. On y perçoit mieux les idées de départ, l’état d’esprit de l’équipe, l’ambition et la volonté de fer qu’il faut pour se lancer dans ce genre de projets, les grandes thématiques, etc.

Pour moi, Blood Machines est clairement un défi réussi, si jamais ce n’était pas assez clair! Sans être un chef d’oeuvre, c’est un moyen métrage frais (pour peu qu’on ne soit pas saturé par les multiples réf’ aux 80’s qui pullulent ces derniers temps), osé et enthousiasmant!

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=277243.html

Critique de Tenet (2020)

Christopher Nolan étant un de mes réal favoris de ces dernières années, cette première moitié d’année 2020 étant également bien terne pour cause de Covid (dont je retiens surtout The Gentlemen de Guy Ritchie et 1917 de Sam Mendes), je me suis dit qu’il était quand même nécessaire de parler de LA grosse sortie de cette rentrée 2020

Alors, autant vous le dire tout de suite, j’aime beaucoup Inception…mais je trouve qu’il manque quelque chose à ce film pour le rendre parfait. Je n’ai jamais su mettre un mot sur cet élément manquant mais je crois que Tenet m’y a beaucoup aidé. On critique beaucoup Nolan (à raison) sur sa surintellectualisation, sa manie bien à lui de complexifier parfois inutilement des scénarios pourtant simples. Personnellement, je trouve Memento irregardable. Enfin, non, plus exactement, il est extrêmement pénible. Son concept est puissant mais la narration vient rajouter une lourdeur absolument affreuse. Son seul film ayant réellement passé le test pour moi est Interstellar, mais bon, je suis un fan de 2001, Odyssée de l’espace, donc je ne pense pas être objectif sur le sujet. Tout ça pour dire que le Monsieur n’est pas manchot, il sait filmer, il sait trouver de bons concepts qui tiennent en haleine sur la longueur mais bon, c’est plus fort que lui, Christopher en fait des caisses. Oui mais alors quel rapport avec l’élement manquant? J’y viens…

Disons le d’emblée, le gros souci de Tenet, c’est d’avoir de bonnes idées mais de ne pas avoir su rendre les intégrer dans un ensemble limpide, cohérent, crédible. Un sérieux manque de liant, en somme, comme si le réalisateur partait en roue libre et décidait de filmer des scènes à l’envers pour son propre plaisir, sans se soucier de la réception de son film! Avec le recul, Inception souffre des mêmes incohérences mais son concept était suffisamment novateur pour les masquer. Après donc un Dunkerque sympathique mais que je trouve franchement peu mémorable, Tenet se vautre donc sur beaucoup d’aspects…

  • Les personnages souffrent de beaucoup de défauts, certains sont clichés voir inutiles (mention spéciale à Kat campée pourtant par Elizabeth Debicki, je n’avais pas vu depuis longtemps de personnages féminins tenant autant sur une dynamique de passivité/victimisation) et du coup fatalement, on se fout pas mal de leurs dilemmes et ce qui peut leur arriver! Ce sont les seconds rôles qui s’en sortent le mieux, comme celui joué par Pattinson. Un comble!
  • La manie que prend Nolan tout au long du film à expliquer aux spectateurs son propre concept de temporalité est juste insupportable sur la dernière demie heure (quitte à remontrer des scènes à l’endroit/envers au cas où), voire totalement débile. On a compris ton délire Christopher, on est pas totalement con!
  • Personnellement, je n’ai toujours pas compris à quoi servait la scène (pourtant impressionnante) de l’intro dans le théâtre (si vous l’avez, un petit MP est de rigueur). Et cette désagréable impression de contempler des scènes parfaitement inutiles pour la compréhension du récit revient plusieurs fois tout au long du film!
  • Un net souci de rythme, une bonne demie heure de film est en trop pour moi…ce qui commence à faire beaucoup, cumulé aux autres défauts du film…
  • Même si Nolan semble jouer à chat perché avec son « paradoxe du grand père » (on t’a vu venir, filou), je suis certain que si on veut relever de grosses incohérences scénaristiques/conceptuelles, on le peut aisément avec un seul revisionnage!

Malgré tout ça, Tenet n’est pas fondamentalement un mauvais film, il est juste à voir comme un film d’action/espionage aux scènes spectaculaires, esthétiquement très belles, sans se questionner sur la cohérence de ses concepts. Sur le plan narratif et de pure « science fiction », il est sans doute le pire film de Nolan depuis un bail, une synthèse de ses défauts que même le plus hardcore des fans aura du mal à défendre. S’inspirer du « carré Sator » était décidement risqué, même pour un spécialiste des thématiques temporelles…

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=251315.html