Rétro James Bond (3/5): Vivre et laisser mourir (1973), L’Homme au pistolet d’or (1974), L’Espion qui m’aimait (1977), Moonraker (1979), Rien que pour vos yeux (1981), Octopussy (1983)

S’il est évident que la période Roger Moore est la plus longue et surtout la plus aléatoire en terme de bons films de la saga James Bond (au point d’en confondre les scénarios et les personnages peu de temps après le visionnage), il serait aussi intéressant de se pencher sur les scénaristes de ces opus parce qu’à mon avis, Roger n’est qu’une des équations du naufrage! En effet, dès L’Espion qui m’aimait, la saga commence une période « sans filet » car les romans principaux de Ian Fleming ont tous été déjà adaptés pour le grand écran. D’où la longue transition douloureuse des 70/80’s…

Vivre et laisser mourir (8/25): Avant dernier film de Guy Hamilton (qui réalisera en tout quatre films de la franchise, les autres concurrents sur le podium étant Terrence Young et Lewis Gilbert avec trois opus chacun, le record étant bien évidemment détenu par John Glen, avec cinq films de la saga) et premier pour Roger Moore, aperçu jusqu’alors dans les séries Le Saint et Amicalement Vôtre qui y incarne un James plus âgé (45 ans au moment du film, contre respectivement 31, 29, 40, 41, 37 pour Connery, Lazenby, Dalton, Brosnan et Craig au moment de leur premier film de la saga), plus léger, flegmatique et porté sur l’humour mais aussi bien moins crédible et attachant à mon goût… Le méchant Kananga est assez anecdotique, rivalisant mal avec ses bras droits Tee Hee et Baron Samedi. On a également droit à une bonne James Bond Girl en la personne de la toute jeune Jane Seymour (la voyante Solitaire). Dépaysant à souhait (Harlem, Louisiane, Jamaïque…on peut y voir un clin d’oeil au Dr.No), abordant la thématique du vaudou sous fond de trafic de dope et surfant donc sur la mode de la blaxploitation, le véritable point faible de ce film est qu’il perd salement en puissance et crédibilité au fil de sa durée. Il n’en reste donc pas grand chose à l’arrivée malgré ses rebondissements, son générique/theme song culte (Paul McCartney bordel!) et on a même droit à des séquences qui paraissent assez grotesques aujourd’hui: la scène d’introduction, la poursuite interminable en hors-bord (où apparait le shérif Pepper), celles avec les alligators,… A noter que Q n’apparaît pas dans le film, que Bond y fume des cigares (contrat avec Montecristo oblige), qu’il s’agit du seul opus où l’on voit le domicile londonien de Bond et que Gloria Hendry y incarne la toute première James Bond Girl noire!

Note: 2/4

https://www.imdb.com/title/tt0070328/?ref_=nv_sr_srsg_0

L’Homme au pistolet d’or (9/25): Moins dépaysant et prenant que Live & let die (l’action se passe majoritairement en Thaïlande), celui ci possède par contre trois gros atouts: le duo de méchants incarnés par Christopher Lee et Hervé Villechaize (mais si, Tattoo dans L’Île Fantastique!) en grande forme (qui portent TOTALEMENT le film sur leurs épaules), ainsi que l’île de Scaramanga et ses décors inspirés. Les James Bond Girls sont assez anecdotiques (on reverra cependant Maud Adams dans un personnage plus intéressant dans Octopussy puis furtivement dans Dangereusement Vôtre), hormis le côté gaffeur de Bonne-Nuit (Britt Ekland) mais qui est mal dosé, comme chez la plupart des personnages féminins de la saga. Enfin question lourdeur absolue, le retour du shérif J.W. Pepper (Clifton James) remporte la palme, sans que ça n’apporte quelque chose au scénario (un caméo aurait mieux valu)! Autrement le générique* et le theme song (Lulu) sont vraiment sympas, la patte 70’s reste appréciable et malgré un scénario beaucoup trop classique/flemmard pour le coup (après la blaxploitation, c’est la bruceploitation à l’honneur ici), on n’en passe pas un si mauvais (de moment)!

*: Petit encart sur le sujet, c’est Maurice Binder qui sera responsable des fameux génériques sur les quatorze premiers films jusqu’à Permis de tuer (sauf Bons baisers de Russie et Goldfinger sur lesquels Robert Brownjohn travailla), Daniel Kleinman fera les suivants (à l’exception de Quantum of Solace réalisé par la société MK12).

Note: 1,5/4

https://www.imdb.com/title/tt0071807/?ref_=nv_sr_srsg_0

L’Espion qui m’aimait (10/25): Souvent considéré comme le seul opus mémorable avec Roger Moore, L’Espion qui m’aimait mérite bien sa réputation. Ses seuls points faibles sont une impression de déjà vu, (certaines séquences et lignes du scénario ressemblant à un mélange entre Au service secret de sa Majesté, Bons baisers de Russie et Opération Tonnerre)… ainsi qu’un méchant impitoyable mais hélas trop fade et finalement peu présent (Karl Stromberg joué par Curd Jürgens). Autrement c’est tout à fait correct, dépaysant (Egypte, Sardaigne), bien rythmé, inventif, avec une mise en scène au poil (c’est Lewis Gilbert qui revient derrière la caméra), et de beaux décors (la bataille rangée dans le Liparus). Attardons nous un instant sur les personnages: dans cet opus apparaît Jaws, incarné par Richard Kiel, l’un des méchants les plus emblématiques de la saga, tueur géant (mais muet) doté de machoires en acier ainsi que d’une force et résistance surhumaine mais qui aura droit à des touches humoristiques bienvenues; l’agent russe Triple X/Anya Amasova (incarnée par Barbara Bach) s’en sort bien également et a même droit à son propre background (même si maladroitement exploité par la suite). Sans ces deux là, ce film n’aurait certainement pas traversé le temps! Rappelons au passage qu’avec la disparition de Blofeld dans Au Service secret de sa Majesté, le SMERSH (qui a historiquement existé un court temps pendant la Seconde Guerre Mondiale) prend la place de SPECTRE (plutôt présent dans les premiers Connery et le reboot avec Daniel Craig). On aura donc souvent droit à des méchants travaillant de près ou de loin pour les Soviétiques durant les opus des 70/80’s. Pour les mêmes raisons, Walter Gotell incarnera dans ces différents opus le Général Gogol, chef du KGB. Mais revenons en au film! Pour une fois et grâce aux éléments cités plus haut, la magie opère enfin (il était temps), Moore y atteint un certain équilibre dans le jeu et cet opus parvient à se hisser au niveau des premiers Connery! A noter que Caroline Munro (une habituée du genre horrifique) y fait une apparition!

Note: 3/4

https://www.imdb.com/title/tt0076752/?ref_=ttls_li_tt

Moonraker (11/25): Au delà du final dans l’espace (seul lieu encore inexploré par Bond) et ses FX bien moches que tout le monde connaît (l’épisode 4 de Star Wars sort deux avant avant…), Moonraker bénéficie surtout d’une jolie palette de personnages: l’excellent méchant flegmatique et machiavélique Hugo Drax (Michael Lonsdale), Jaws qui fait son retour (même si bien moins intéressant que dans l’opus précédent et souvent réduit à un rôle plus comique que menaçant), l’agent infiltré Lois « Holly Goodhead » Chiles (mais putain qui choisit des noms aussi débiles bordel de merde?). Evidemment, le scénario décomplexé peut poser problème et influera directement sur votre appréciation de cet opus. Si la démesure d’une poursuite en gondoles amphibies/motorisées, en hors-bords armés jusqu’aux dents (avec deltaplane intégré), les gadgets à foison et les combats bordéliques « à pied » dans l’espace intersidéral à base de pistolets laser ne vous rebutent pas trop, ça peut passer ! Nous ne sommes pas dans le côté involontairement nanardesque et auto-parodique d’un Octopussy ou d’un Diamonds are forever mais on reconnait que l’exercice et périlleux et que l’on marche parfois sur un fil! C’est toujours Lewis Gilbert à la réal donc la mise en scène est tout à fait correcte (comme dans cette scène de centrifugeuse où on ressent, pour une fois, de la douleur pour l’agent du MI6), c’est globalement beau, dépaysant (Rio, Venise, château de Vaux-le-Vicomte et espace of course) mais la fin manque quand même salement de rebondissements (hormis le dilemne de Jaws). Et comme c’est une coproduction française, on se retrouve avec un cast bien de chez nous: Michael Lonsdale bien sûr mais aussi Corinne Cléry, Blanche Ravalec (la fiancée de Jaws) mais aussi Jean-Pierre Castaldi et Georges Beller!

Note: 2/4

https://www.imdb.com/title/tt0079574/?ref_=ttls_li_tt

Rien que pour vos yeux (12/25): Retour à un film plus sérieux et moins extravagant avec ce douzième film, hélas miné par un méchant fadasse as fuck (le final est d’ailleurs des plus anecdotiques), un côté too much typiquement 80’s qui commence à pointer son nez (et que dire du générique/theme song immondes?) et un scénario planplan malgré une mise en scène/des scènes d’action efficaces (mais qui traînent souvent en longueur). Il faut dire qu’on est déjà au douzième film de la saga (le premier de John Glen) et que tout ou presque a déjà été exploité…et ça commence à salement se sentir! On a quelques clins d’oeil appréciables à l’opus de Lazenby comme le retour de Blofeld le temps d’une séquence d’introduction, une combi de ski d’un bleu sensiblement identique à celle déjà portée par Lazenby himself… Carole Bouquet, véritable beauté froide, n’est pas la meilleure James Bond Girl mais se démarque des autres potiches de cet opus par son désir de vengeance et le fait qu’elle ne cède à Bond que dans les dernières minutes de métrage. Côté décors, on a droit à la Grèce, l’Albanie, l’Espagne et l’Italie alpine, bref des récifs, des montagnes et de la neige. Pour autant le dépaysement n’est pas forcément au rendez-vous, les couleurs restant globalement assez ternes. A noter que Bernard Lee (M) n’apparaît pas dans ce film car il décèdera peu de temps après le début du tournage, c’est Robert Brown qui prendra sa suite dans les quatre prochains films.

Note: 1/4

https://www.imdb.com/title/tt0082398/?ref_=ttls_li_tt

Octopussy (13/25): Alors avec celui ci, on commence vraiment à arriver dans une période sans inspiration car le film est oublié aussi vite qu’il est vu. Du générique au scénario en passant par les personnages et les lieux de l’action, tout sent le recyclage, l’excès et la paresse intellectuelle. Quelques exemples au hasard? 007 se déguise en clown, vogue dans un canoë « alligator », mène des poursuites en voiture sur…des rails, le méchant (Louis Jourdan) réussit à être aussi fade que le Dr No, trempe dans des affaires de contrebande…d’oeufs de Fabergé, les combats sont plats à en crever et la fin où un perroquet interragit avec Tatcher au téléphone nous convainc que Richard Maibaum (scénariste principal de la saga du premier opus jusqu’à Permis de tuer) est clairement en bout du rouleau… L’intrigue malgré ses enjeux se suit péniblement et on a vraiment le sentiment de regarder une série B de mauvaise qualité. On sauvera tout juste Maud Adams dans le rôle-titre qui sort un peu des sempiternelles James Bond Girls…mais clairement, pour des non fans de la saga, ce film est sans intérêt. C’est dommage, le métrage abordait par moments des sujets intéressants (comme le désarmement de l’Ouest face à l’URSS). Jamais plus jamais (remake non officiel d’Opération Tonnerre) sortait cette année là avec Connery dans le rôle de Bond et c’est un miracle que les fans aient finalement préféré Octopussy au box-office…

Note: 0,5/4 (parce que, malgré tout, rien ne peut être aussi douloureux que Spectre)

https://www.imdb.com/title/tt0086034/?ref_=ttls_li_tt

Pour aller plus loin, une vidéo très complète signée Versus: https://www.youtube.com/watch?v=h-F6hr6JmoQ

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